De Berlin à Zurich, maux doux-amers et mots aigres-doux

Nicolas Violle
De Berlin à Zurich, maux doux-amers et mots aigres-doux
Enfants d'Italiens
Télécharger la fiche au format PDF Télécharger la fiche au format PDF

 

La dimension populaire et passionnelle du football en fait, à l’époque contemporaine, un vecteur des préjugés et des représentations[1]. Le football c’est un monde[2], une possibilité donnée de voir l’autre. L’aspect ludique incite à baisser la garde devant ce qu’il induit. L’analyse des matchs de football internationaux s’avère une occasion d’étude inestimable de l’état de l’opinion. On peut y mesurer des réactions décalées qui font remonter à la surface des réflexes plus ou moins louables, souvent instructifs lorsqu’ils s’inscrivent dans des périodes de forte immigration[3]. Il constitue « un puissant vecteur de médiation et de représentation », « parfois chambre d’écho aux tensions politiques entre les deux pays, [et pose] la question de la définition du groupe national et celle de son rapport à l’altérité », favorisant la circulation d’images, parfois de clichés ou de stéréotypes entre l’Italie et la France[4]. Trente années, environ, après la fin de la seconde grande vague migratoire italienne en France, une série de rencontres italo-françaises nous permet de jauger les réactions françaises au regard de l’Italie. Parmi ces rencontres à enjeu, la finale de la Coupe du monde de football en 2006[5], le 9 juillet, à Berlin reste mémorable par la théâtralité du coup de tête de Zinedine Zidane dans le torse de Marco Materazzi et la longue polémique qui s’ensuivit. En phase qualificative pour le championnat d’Europe des Nations (juin 2006-décembre 2007) puis en phase de poule de ce championnat (juin 2008) à Zurich, les deux équipes se retrouvent pour la qualification aux quarts de finale. Les comptes rendus de ces multiples rencontres enrichissent la palette des représentations croisées. L’affrontement paroxystique de 2006 renouvelle l’intérêt de l’étude de ces représentations italiennes en France à partir du football. Le quotidien L’Équipe, seul quotidien sportif français, semblait tout indiqué pour y étudier la vision de l’Italie induite par ce sport et ses débordements polémiques[6]. Privilégier ce quotidien sportif nous permettait d’échapper à la tendance qu’a la presse française de n’appréhender le sport que sous l’angle du divertissement et de redonner aux représentations qu’il véhicule leur caractère populaire et passionnel.

Afin de ne pas répercuter une vision trop étroite, émanant des seuls matchs, nous avons procédé à un dépouillement exhaustif de L’Équipe pour toute la période de la Coupe du monde et du Championnat d’Europe, et les jours qui précèdent et suivent les matchs opposant les équipes des deux pays en dehors de ces compétitions. De façon inattendue, il en ressort une vision du football italien, et par là-même de l’Italie et des Italiens, nettement plus complexe que ce qui tourne normalement autour du simple compte rendu d’un match de football. L’Italie du calcio était touchée par le calciopoli, un scandale sans précédent qui expliquait une ferveur italienne pour le moins mesurée avant la finale. Le match contre la France, son meilleur ennemi, a été suivi d’une explosion de joie collective contenue, en raison de l’annonce des sanctions judiciaires le lendemain même du sacre.

L’Équipe se livre à une quête ininterrompue d’informations durant le mois de la compétition mondiale. Cela contraint ses journalistes à se renouveler, à varier les angles, les points de vue et les sujets. Soudainement pris de court par un fait de jeu imprévisible et violent, leur réflexe épouse la mesure et le souci de la sportivité pour constituer une ligne d’écriture apparemment stable, à la différence de la polémique qu’entretient la presse généraliste. Alors que nous imaginions être confrontés à des comptes rendus de matchs, émaillés ici et là de clichés ou, pour le dire de façon moins consensuelle, de banalités, de poncifs et de platitudes véhiculées par l’affrontement sportif, notre surprise fut grande de découvrir une approche révélant une connaissance approfondie de l’Italie et de la société italienne à partir du seul prisme du football.

Nous nous proposons de restituer cette vision de l’Italie et des Italiens dans sa complexité. Plutôt que de nous attacher à une vision purement chronologique, événementielle, il nous a semblé pertinent de présenter cette image selon les axes thématiques qui la caractérisent, parfois tributaires de la chronologie. C’est pourquoi, nous commencerons par la présentation des reflets issus du contexte de ces matchs. Nous examinerons ensuite la préparation des Azzurri, émaillée des enquêtes sur le scandale des matchs truqués. Nous prendrons en considération l’intérêt de la personnalisation de cette image par le biais de quelques figures notoires et emblématiques du football italien pour les Français. Enfin, nous verrons si les Italiens d’ici sont visibles et analyserons leur attitude lors de la finale du 9 juillet 2006 opposant leur pays de cœur et leur pays de vie.

Au préalable, il est intéressant d’observer la manière dont sont traités les différents matchs entre les deux équipes et le contexte qu’ils révèlent. Il faut dissocier le cas des grandes compétitions, Coupe du monde et championnats d’Europe, des matchs qualificatifs pour ces compétitions. L’Équipe les évoque un ou deux jours avant, soulevant l’intérêt du public grâce à quelques articles généraux sur les qualités de l’adversaire et l’enjeu du match. Le journal entretient cet intérêt par des articles tournant presque invariablement autour de quelques joueurs emblématiques de la Nazionale. Dans le cas des grandes compétitions internationales l’intérêt est maintenu presque sans discontinuer, depuis l’entrée de l’équipe dans la compétition jusqu’à son élimination. Le sujet des articles se diversifie. On suit l’équipe, certains joueurs présumés représentatifs, on rend compte des matchs, de ce que les victoires provoquent dans le pays. Les journalistes sont pour l’essentiel des envoyés spéciaux, sur le lieu de la compétition ou en Italie. Ils se répartissent les « angles » : certains ont une vocation plus généraliste, d’autres limitent leur champ d’investigation à l’équipe italienne, aux réactions du pays. L’impression d’ensemble traduit une vision de l’Italie et des Italiens non outrancière[7], plutôt mesurée et documentée. La portée de ces événements et la soudaine place que le journal leur accorde sont l’occasion pour le quotidien de faire appel à des spécialistes de l’histoire du sport, comme Didier Braun, ou des relations internationales, comme Pascal Boniface. La vision qu’ils donnent de l’Italie sert à penser l’affrontement sportif, structurant sa représentation dans le temps et dans les relations entre nations.

Le temps et le jeu

À l’approche de la finale de la Coupe du monde de football de 2006, trois articles situent cet affrontement dans une perspective chronologique[8]. La longue « rivalité » de ce « derby bleu[9] » met en avant les termes fondamentaux à partir desquels va être donnée à voir et à comprendre la succession de ces rencontres. Certains des caractères immuables sont présentés aux lecteurs match après match. C’est d’abord le complexe de chaque nation vis-à-vis de sa rivale. L’une et l’autre ont été sevrées de victoire pendant une longue période, après un début « contrasté » (1921-1978 : domination italienne ; 1982-2000 : supériorité française). Durant leur période de « domination sans partage », les Italiens apparaissent comme « coriaces », « glorieux », « intraitables », au point d’apparaître comme des « maîtres » donnant la leçon aux Français même lorsque ceux-ci brillent par ailleurs (c’est le cas lors de la Coupe du monde de 1958 en Suède) : « contre l’Italie, rien n’y faisait ». Il faut attendre l’émergence de la génération Platini pour que la longue frustration française cesse, et Didier Braun d’ajouter qu’« à partir de là on bascule dans la période moderne[10] ». Si le qualificatif est sans équivoque temporel, notons que cette période moderne ne commence qu’avec les victoires françaises. La France gagne parce que Platini – inutile de rappeler ici son ascendance italienne[11] – joue à la Juventus de Turin. Revenu sur la terre de ses ancêtres il a assimilé la philosophie du jeu italien, « gagner, toujours gagner ». Les Français gagnent mais en appliquant les méthodes italiennes. De tout temps les Italiens observent une « discipline de fer » et lorsqu’ils brillent c’est parfois grâce à leurs oriundi (Monti et Orsi en 1938 ; Camoranesi et Motta dans les années 2000[12]). Il faut noter que la représentation de l’Italie née de ces matchs se construit, au même titre que ses succès footballistiques, sur sa nation au sens large, jusque dans l’immigration[13].

Ces duels aboutissent aux « sommets hitchcockiens[14] » de 1998 et 2000, lorsque la France gagne successivement aux tirs au but puis grâce à un but en or. Les Italiens semblent en proie à « la malédiction ». La victoire de 2006 est l’occasion de voir réapparaître certains poncifs. À la veille du match de septembre 2006, non sans malice, Didier Braun laisse percer ces images qui ont longtemps accompagné la réception du football italien, un « football calculateur, ultra défensif, un peu truqueur sur les bords, [qui] collait assez bien à l’idée selon laquelle l’Italien serait fourbe », pour s’accorder sur le fait qu’« en football pur, les Italiens ne nous apprenaient jamais rien. Ils nous battaient, c’est tout[15] ». Leur méthode était connue, mais eux seuls gagnaient. Lucide, Braun reconnaît sur le fait que la finale de Berlin n’a rien arrangé à la perception d’un football italien « diablement cynique et sournois, nourri de tricheries et de coups en vache » et que « l’idée que la victoire promise aux Français leur avait été volée par ces chapardeurs de nature et de profession[16] ». Il accepte que ces commentaires, dictés par la rancœur, n’auraient pas existé sans l’agression du Français contre Materazzi, dont il sera question plus loin, et que ces qualificatifs témoignent de l’incapacité française à voir ce qui se passe hors des frontières hexagonales, puisque depuis le milieu des années 1980 le jeu italien a définitivement changé d’âme, faisant du « beau jeu » sa référence et reléguant le catenaccio à une période révolue.

Les relations entre nations.

L’espace octroyé à Didier Braun et Pascal Boniface leur permet de restituer le match de football dans une perspective plus complexe, comme l’un des aspects du rapport entre nations. Pascal Boniface, montre que depuis la seconde guerre mondiale les relations franco-italiennes « n’ont pas retrouvé leur plénitude[17] », en raison d’un « alignement sur les positions américaines » et d’« une tourmente politique intérieure permanente, affectée par une instabilité gouvernementale proverbiale » mais où l’opération Mani pulite « a mis fin aux pratiques de corruption et de compromission d’une partie de la classe politique[18] ». L’article ne se limite pas à cette représentation stéréotypée. Il présente un visage plus moderne de l’Italie et l’intérêt qu’il y aurait désormais pour la France à accentuer le partenariat avec ce pays à l’économie « développée » et qui estime « qu’elle fait partie des quatre grandes puissances européennes ». Il déplore que le sorpasso n’ait pas déclenché une plus forte considération française, la France ayant préféré renforcer son partenariat avec l’Allemagne et l’Angleterre, et espère que « la coopération avec les pays riverains de la Méditerranée » rapprochera « les deux sœurs latines[19] ». Pascal Boniface fait le lien entre la diplomatie de l’Italie et l’apport que le football a pu, et peut toujours, représenter pour l’Italie dans le concert des nations.

Par ailleurs, il remarque que les Italiens préfèrent au terme anglais football celui de calcio qui leur permet de se poser en pères fondateurs de ce sport moderne[20]. Et l’on comprend l’intérêt d’insister sur les caractéristiques du jeu italien.

Sur le versant politique, ils surent les premiers instrumentaliser le football, sous le fascisme, pour en faire un des artifices de la prétendue grandeur italienne renaissante[21]. Ils mirent en place, après guerre, un système de jeu « d’une incroyable rigidité uniquement basé sur la défense et la contre-attaque, exigeant des qualités d’abnégation, de sacrifice et de rigueur et étant très peu spectaculaire[22] » mais qui, à regarder de plus près, en disait long sur les capacités italiennes à renaître. La difficulté à voir l’Italie telle qu’elle est fait de ce système de jeu une incongruité puisque le rédacteur occasionnel écrit que :

Ce système s’imposa dans le pays qui semblait le moins apte à accepter un tel carcan, où les qualités d’imagination et de créativité sont maîtresses. Mais si l’Italie a longtemps été caractérisée comme un pays où les règles sont faites pour n’être pas respectées, où l’absence d’État fort était compensé par le dynamisme des citoyens, elle a pour le football accepté de se faire violence et adopté un style de jeu aux antipodes des caractéristiques nationales. Le catenaccio n’était-il pas au fond la réincarnation des qualités des légions de l’Empire romain qui érigeaient des murs, les fameux limès, sur plusieurs centaines de kilomètres de long afin d’empêcher les Barbares d’envahir l’Empire ? Le football a été la revanche des Italiens. Revanche sociale pour les démunis sur le plan interne, et surtout revanche internationale, dans la mesure où l’équipe nationale a toujours pris place sur les plus hautes marches, contrastant avec un pays guère pris au sérieux sur le plan international pendant très longtemps[23].

Ces éléments ont pour but de mettre en exergue quelques constantes dans le comportement des Italiens. Ils viennent enrichir leur représentation dans une perspective chronologique, faisant des footballeurs d’aujourd’hui les dignes successeurs des légionnaires romains, pré-italiens donc. Le propos est plus fin, lorsque Boniface fait du football l’exutoire d’un peuple à la recherche d’une revanche sociale, tant intérieure qu’extérieure. On pense en particulier aux millions d’immigrés italiens dans le monde qui pouvaient trouver comme palliatif à leur vie de labeur une activité sportive ou récréative leur permettant de s’identifier à leur nation mère[24]. Mais l’image est sans doute moins forte pour le lecteur. Les caractéristiques principales du jeu des Italiens n’en sont pas moins posées. Elles recouvrent ce qu’on qualifie aujourd’hui de « culture de la victoire », qui associe une forte détermination, une rigueur permanente, une capacité à surprendre, le tout s’accompagnant d’une certaine malice. Celle-ci est présentée comme l’une des caractéristiques du tempérament sportif des Italiens. Jusque dans ses tours les plus sordides.

Affaires antisportives

À la veille de la Coupe du monde de 2006, au moment où débute le camp d’entraînement de la Nazionale à Coverciano, dans la banlieue sud-est de Florence, éclate le scandale piedi puliti, une affaire de matchs truqués qui embrase le football italien. Les journalistes français relatent cette affaire en montrant une Italie où corrupteurs et hommes intègres se côtoient et où, loin d’être une simple activité récréative, le football prend les dimensions d’un business avec toutes ses dérives. Ce cadre influence pour longtemps la réception du football italien, jusque dans les analyses des matchs.

Les journalistes relèvent la nomination de Francesco Saverio Borrelli comme « chef du bureau d’enquête de la fédération italienne » de football et, en élargissant le trait, montrent à quel point le football peut être un révélateur des maux d’une société : « Borrelli fut à partir de 1992 l’un des procureurs qui menèrent une immense opération judiciaire, mani pulite, qui déboucha sur un nombre record d’inculpations et d’arrestations. Un vaste système de corruption et de pots-de-vin fut démantelé. Cette opération balaya une très grande partie de la classe politique[25] ». L’éclairage ne souffre aucune ambigüité : les deux affaires se ressemblent et le coup de balai doit être de la même ampleur. Il faut noter que les journalistes expliquent de façon synthétique, ce que fut cette opération mani pulite, révélant par là-même la méconnaissance probable de leur lectorat. Apparaît une figure d’Italien éloignée de celles qu’on a l’habitude de rencontrer dans L’Équipe : un magistrat dévoué à la cause de la justice. Au-delà de l’intérêt pour piedi puliti, peut-être faut-il comprendre, de manière subliminale, que si les équipes françaises ne gagnent pas c’est parce qu’elles observent les règles.

Une autre figure apparaît à l’occasion de ce scandale, celle de Guido Rossi, le commissaire extraordinaire de la FIGC, dont l’image va, elle aussi, trancher avec la représentation que l’on se fait habituellement des Italiens :

[Guido Rossi est] un homme d’une grande envergure. C’est lui qui a rédigé la loi antitrust en Italie. Il n’a jamais vu d’un bon œil les conflits d’intérêts, et pas seulement en politique. Beaucoup le décrivent comme quelqu’un soucieux de faire place nette dans le football.

Pourtant à première vue, il n’a pas l’air d’un dur. Bronzé et vêtu d’un élégant costume blanc, l’homme porte allégrement ses soixante-quinze ans. On dirait un de ces charmants retraités, toujours tirés à quatre épingles, qui peuplaient la Riviera, voilà quelques décennies[26]

Ce second visage d’une reprise en main émane aussi d’un retraité. Le lien entre expérience, sagesse et probité semble implicite. Cette représentation est d’autant plus forte que ces deux personnages seront maintes fois mentionnés au cours de ces semaines.

Un troisième personnage de ce type apparaît le jour de la finale de la Coupe du monde lorsque pointe une interrogation sur l’influence possible du procès de cette affaire sur les résultats de l’équipe nationale. Gianni Rivera, ancienne gloire de l’AC Milan, parlementaire européen, à cette époque responsable du sport à la municipalité de Rome, est à peine plus jeune (65 ans). Il fait figure de « candidat idéal pour nettoyer le football puisqu’il cumule les connaissances du milieu du football et la sensibilité d’un administrateur[27] ». Il préconise simplement de faire appliquer les règles et de punir ceux qui les transgressent[28]. Pour Rivera, ces malversations s’expliquent par une approche culturelle qu’il faut revoir. La loi, et son application stricte, ne peut s’accommoder d’« un système où les intérêts économiques sont si éclatés[29] » qu’il laisse tant de failles que quiconque peut s’y engouffrer pour faire prospérer un système fondé sur la corruption, le trafic d’influence et le clientélisme[30], finalement tous les maux endémiques de la démocratie italienne depuis l’origine.

Derrière ces figures d’une absolue probité apparaissent en contrepoint certains personnages qui tiennent ouvertement du mafieux. Si Luciano Moggi, le responsable de ce scandale, est le personnage trouble par excellence, il apparaît rapidement comme le fruit d’un système fondé sur l’art de se débrouiller, l’arrangiarsi :

Quand le plus riche contribuable du pays, Silvio Berlusconi, accessoirement propriétaire du Milan AC, peut se permettre sans vergogne, une fois devenu président du Conseil, d’excuser – et donc d’encourager – la fraude fiscale, faut-il s’étonner qu’il y ait quelque chose de pourri au royaume du Calcio ? [...] Le parrain « Lucky Luciano » Moggi, tout puissant directeur général du club bianconero, avait constitué un gigantesque réseau destiné à donner un coup de pouce à la chance… et à la Juve. Les dés étaient donc pipés ! Toute la péninsule est éclaboussée par ce scandale d’une ampleur sans précédent. Dirigeants, joueurs, agents, journalistes… aucune corporation n’est épargnée[31].

Se dessine l’image d’un pays soumis aux intérêts personnels et où le football est un creuset possible de l’affairisme. Luciano Moggi incarne cette figure-là jusqu’à la caricature : « gestionnaire de la gare de Civitavecchia », dans les années soixante et soixante-dix, « grande habileté à contourner la loi », « plutôt sympathique de prime abord, Luciano Moggi se construit jour après jour un réseau exceptionnel d’amis et de connaissances[32] ». À en croire les journalistes de L’Équipe, cette impression est confirmée par les hommes de loi : « Cette enquête sur le foot, c’est comme si nous enquêtions sur la Camorra, a lâché Giuseppe Narducci, l’un des procureurs de Naples en charge de l’affaire[33] ». La corruption est telle que même les icônes du calcio sont gangrénées par ces pratiques illicites. Gianluigi Buffon et Fabio Cannavaro, respectivement le gardien et le défenseur central de l’équipe nationale et de la Juventus, sont, l’un impliqué dans une affaire de paris clandestins[34] et l’autre rapidement empêtré dans la défense de son ancien dirigeant Moggi. Il faut compter aussi Marcello Lippi[35], mêlé malgré lui à la gestion frauduleuse de la Juventus de Turin, au temps où il en était entraîneur, et aux possibles connivences en matière de recrutement – son fils co-dirige à cette époque la société GeaWorld, spécialisée dans le business du sport, particulièrement du football, avec le fils de Luciano Moggi. Le football transalpin en ressort terni[36].

À travers ce scandale émergent deux Italies, reliées par leur usage généralisé du téléphone portable, l’outil par lequel la révélation de ce scandale a été rendue possible[37]. Une première, ouvertement conservatrice, répercutant des pratiques amorales. Elle est incarnée par les plus jeunes et les plus actifs. Une seconde, plus moderne, portée par des personnalités ayant une certaine expérience, qui souhaitent mettre en place une société de droits. À l’approche de la Coupe du monde cette dualité se traduit par l’émergence d’un sentiment double, l’envie de soutenir l’équipe nationale et la forte nausée devant ce scandale. D’ailleurs sitôt le titre de champions du monde remporté, à l’heure du verdict les Italiens se retrouveront face à la sordide réalité du pourrissement de leur jeu favori. Outre les sanctions, la nouveauté est le divorce entre l’opinion italienne lassée d’avoir été trompée et le monde du calcio.

La Coupe du monde

L’Équipe relève que la squadra azzurra s’efforce durant toute la compétition de porter un nouvel état esprit. La place occupée par le compte rendu des matchs est volumineuse. Il en émerge une image répétitive et pauvre qui se déploie en deux temps : un premier tour chaotique auquel font suite les victoires des matchs qualificatifs, où le capitaine de la squadra revendique le jeu à l’italienne, seul porteur de victoires.

Les lecteurs de L’Équipe découvrent une « équipe souvent passive et maladroite[38] », mais portée à l’offensive. Arrivée en Allemagne « avec la lourde responsabilité de restaurer l’image du Calcio[39] », sa qualification pour les huitièmes de finale apparaît comme « un soulagement aussi fort que la peur qui l’avait précédée, celle de subir une nouvelle désillusion et de retrouver trop vite un quotidien au parfum de scandale[40] ». Néanmoins se dégage de cette équipe la « force de son esprit de groupe[41] ».

Le tournant intervient lorsque deux des joueurs emblématiques, Fabio Cannavaro et Gianluigi Buffon, proclament l’un qu’il faudrait que ce groupe soit « un peu plus italien, un peu plus cynique » et l’autre que l’équipe n’est pas là « pour faire le spectacle mais pour gagner[42] ». C’est-à-dire que les joueurs eux-mêmes revendiquent le retour à une forme avérée et spécifique de jeu à l’italienne, celui grâce auquel les clubs ou l’équipe nationale ont pu gagner par le passé. Il est intéressant que ce trait souvent mal accepté lorsqu’il est imposé de l’extérieur soit revendiqué de l’intérieur. Il apparaît comme un trait de caractère révélé, difficile à accepter de prime abord mais que l’on finit par endosser avec fierté tant il est consubstantiellement lié à son être.

C’est en jouant « à l’italienne[43] » que l’Italie se hisse en finale. Reviennent les poncifs habituels : « miracle à l’italienne[44] », une Italie « sans grandes idées mais accrocheuse et bien organisée[45] », une équipe « opportunis[ste][46] », qui « n’en finit plus de jouer la défense », des clichés répétés à satiété[47] mais qui laissent percer « une mentalité moderne et offensive[48] ». Cette équipe se construit dans l’adversité, des scandales d’abord, face à ses adversaires ensuite[49].

L’accession à la finale représente la conclusion d’âpres combats qui laissent percer une forte volonté, une haute expérience et une grande qualité technique[50]. L’Équipe voit dans la personnalité de l’entraîneur azzurro une des clefs de cette réussite[51]. Sans remonter aux années 1930, notons que c’était déjà le cas en 1982 autour de Bearzot. Au moment d’aborder la finale contre l’équipe de France, le jeu de l’Italie apparaît plus complet, « riche » et « varié[52] ». Sans réelle surprise, l’Italie emporte cette finale en jouant comme elle l’avait fait durant tout le tournoi, c’est-à-dire « à l’italienne ». Le match final, n’apportera aucune nouvelle représentation.

Une péripétie

Un incident accapare à lui seul toute l’attention et rehausse le caractère dramatique de cette finale. À la 110e minute, Zidane, le joueur clef de l’équipe française, celui que les Italiens appellent le fuoriclasse[53], donne un violent coup de tête à Marco Materazzi, défenseur de la squadra. La démesure médiatique née d’un tel geste, étant donné son contexte, gagne toute la France et cristallise son ire de ne pas avoir gagné. Une forte colère s’abat contre le défenseur italien accusé de tous les maux. En un instant il incarne tous les supposés travers des Transalpins. Zidane reste une icône, Materazzi tient du truqueur. Dès le 10 juillet, et les jours suivants, l’affaire est omniprésente en France. Les prestations de l’équipe de France se relisent à la lumière des prouesses de Zidane. Quelques pleines pages publicitaires qui utilisent son image sont une source de revenus supplémentaires pour le journal. À regarder de près, nous sommes proches du conditionnement tant les articles, les titres à la une, les publicités le concernant sont nombreux. Au même moment les sondages d’opinions le désignent comme la personnalité préférée des Français[54].

Le ton de L’Équipe reste très mesuré, le journal analyse une faute de jeu pour ce qu’elle est. Dans son éditorial, le lendemain du match, Claude Droussent ne peut se résoudre à passer sur ce geste qui « enfreint les règles les plus élémentaires du sport ». Sous sa plume seul le Français a commis le « geste irréparable et difficilement pardonnable, ce geste stupide[55] ». Sans faire de l’Italien la victime, il condamne le Français[56]. Le lendemain, l’éditorialiste de L’Équipe semble s’excuser auprès de l’icône[57]. On peut se poser des questions quant aux relations entre les intérêts économiques du quotidien, la volonté de le maintenir en phase avec l’opinion dominante et la volonté de ne pas se couper de la principale vedette du sport français[58]. La déception passée, les regards se tournent vers la victime et on va tenter, subtilement, de lui faire partager les responsabilités, c’est-à-dire d’en faire aussi un coupable. Si Materazzi apparaît aux plus avertis comme l’homme du match[59], la grande opinion publique va se focaliser sur ce qu’a pu dire le défenseur italien au maître à jouer français pour provoquer une telle réaction.

Le débat se poursuit pendant plusieurs jours et enflamme les rédatcions de toute la presse française : c’est véritablement le feuilleton du début de l’été qui se poursuit jusqu’au 22 juillet, date à laquelle la FIFA sanctionne les deux joueurs. La frustration aidant, réapparaissent des stéréotypes sur les supposés travers des Italiens qui ré-endossent malgré eux les atours de provocateurs et de tricheurs[60]. À l’inverse le Français retrouve son arrogance[61], une image revenue d’Italie et assez répandue quand on désigne hors de France l’attitude des Français.

La nervosité du Français est également mise en avant par le défenseur italien dans ses explications[62], puisant à la source d’une représentation plus lointaine, celle de la petite Italie se révoltant face au pouvoir français. Nous en mesurons le fort ancrage en Italie à cette occasion.

Le débat, habilement résumé par l’expression « Materazzizanie », est enflammé en raison de la personnalité des deux champions, le Français connu pour son caractère explosif et l’Italien réputé pour ses mauvais coups[63]. La figure de Materazzi est longuement analysée. Une personnalité complexe transparaît. En Italie il est connu pour son faciès où se mêlent « pudeur et arrogance, chaos et sérénité. [...] En dehors du terrain, il est gentil et disponible. Sur le pré, c’est un guerrier tatoué[64] ». Marco Materazzi intéressera le quotidien français jusqu’en janvier 2007 où un long portrait lui est consacré. Il y apparaît comme un « joueur moyen, souvent dur, parfois gaffeur » qui, avec la confiance de l’entraîneur national, se transforme en « un défenseur appliqué et un buteur décisif[65] ». Ce joueur ne convainc pas toute l’Italie ce qui lui vaut le surnom de « Macellazzi », contraction de son patronyme et du terme boucher[66]. Dans cet article filtre sa manière d’appréhender le monde, révélatrice de sa réaction le soir de la finale : « Dans le monde de Materazzi, il y a ceux à qui tout réussit et ceux sur lesquels on s’acharne. Il y a les joueurs de talent, qu’il admire, et les laborieux. Dans ce monde en noir et blanc il fait toujours partie de la deuxième catégorie[67] ».

C’est au moment où il entrevoit la possibilité d’accéder au monde des grands joueurs qu’il a entendu quelques mots de Zidane immédiatement jugés méprisants. Se sentant rabaissé, il l’a insulté. Et Zidane d’apparaître comme un personnage mythologique, comme Achille ou Hector, qui cherchaient l’immortalité : « Il préfère une vie plus courte mais intense à une vie plus longue et plus dénuée de sens[68] ».

Du monde à l’Europe

Cet incident et ses conséquences marquent durablement l’atmosphère des matchs entre les deux équipes. Une large place est faite au seul sentiment de rivalité. Les rencontres suivantes ont pour enjeu la double confrontation qualificative aux Championnats d’Europe des nations de 2008 puis, dans ce cadre-là, un match qualificatif en quarts de finale[69]. Le premier match est celui des retrouvailles. Sollicités par la presse, les joueurs des deux camps inscrivent leurs réponses dans un jeu médiatique entretenu par les journalistes, ils semblent accepter cet « angle ». Sportivement, l’enjeu est limpide. Les Français ont entamé leur préparation un mois avant les Italiens qui n’apparaissent pas en mesure de rivaliser à cette période de la saison. Seuls les Français y voient un prolongement rêvé de la finale, une possibilité d’en faire immédiatement le deuil. Mais le journal d’ajouter, comme un signe supplémentaire de la perfidie de l’adversaire meurtri par les affaires de calciopoli : « L’Italie est toujours plus dangereuse dans ces situations peu favorables en apparence, elle aime à ressortir pimpante des limbes qui lui sont un décor familier[70] ». Se croisent deux visions : l’une contemporaine, héritée du miracle économique et du sorpasso, d’une Italie moribonde mais prête à tous les efforts pour saisir les opportunités, l’autre plus ancienne, fondée sur une conception culturelle et littéraire.

Le match consommé et la victoire en poche, les Français ne fanfaronnent pas, comme s’ils prenaient tout à coup conscience que toutes les victoires ne leur rendraient pas le titre perdu en juillet. L’idée de revanche s’estompe. Le public français sort grandi de l’arène, où il a applaudi et l’hymne italien et l’hommage rendu à Giacinto Facchetti[71]. En l’absence des deux protagonistes du match de juillet, la tension extra sportive s’estompe.

Un an après « la revanche de la revanche » est le troisième match entre les deux équipes en quatorze mois[72]. Il n’y a pas d’autre enjeu que celui sportif. C’est en jouant dans un respect parfait d’une organisation tactique prévue, on pourrait dire, positivement, « à l’italienne », que les Français ramènent de Milan un résultat nul. Mais le public de San Siro a copieusement sifflé l’hymne français, « dans des proportions probablement rarement atteintes[73] ». Plutôt que de stigmatiser les Italiens, L’Équipe voit dans les déclarations provocatrices du sélectionneur français quelques jours auparavant l’explication d’une telle bronca : il avait laissé entendre que les Transalpins savaient mieux que quiconque créer un climat autour d’un match, c’est-à-dire en corrompre l’atmosphère pour en fausser le résultat.

Dans ce climat particulier de rencontres suivies, il faut noter le titre du quotidien sportif, le 17 septembre 2007, en gros dans toute la largeur de la une : FORZA ITALIA. Ce jour-là, en effet, une victoire italienne en Écosse qualifie la France pour la compétition européenne. D’un coup toute rivalité s’évanouit. Et les Français encouragent fraternellement les Italiens, jusqu’à utiliser l’italien pour s’assurer qu’ils seront entendus. Ils se targuent soudain d’une « communion des esprits », faussée puisqu’elle est à sens unique[74]. La victoire des Italiens en Écosse permet le lendemain au journal de remercier l’équipe d’Italie dans sa langue : « La victoire de l’Italie en Écosse (2-1) envoie les champions du monde à l’Euro 2008 (7-29 juin), en Autriche et en Suisse, et offre à la France son billet, sans même attendre le match de mercredi prochain, en Ukraine. Grazie mille !!![75] ». Puis, toujours selon le quotidien, elle « offre l’occasion d’une entente franco-italienne carrément cordiale[76] ». Mais celle-ci ne subsiste pas au tirage au sort qui les désigne comme adversaires du premier tour[77].

L’épilogue zurichois

Lorsque se profile le dernier match les deux équipes n’ont plus de certitudes : elles se sont fait étriller par les Pays-Bas et se sont heurtées à une solide équipe de Roumanie – toutes deux ont fait match nul. La rencontre entre la France et l’Italie est capitale, seul le vainqueur se qualifiera. Les deux équipes sont poussives. La tension entretenue un été durant par l’épisode Zidane-Materazzi a disparu[78]. Le quotidien met en exergue « la défense alourdie et un milieu asphyxié » des Italiens comme autant de signes de « sidérantes insuffisances[79] ». Il souligne à maintes reprises la faculté de l’Italie à bien figurer dans une compétition de ce niveau après un départ fort médiocre[80]. Ce qui n’incite guère le clan français à l’optimisme. Pour ne pas perdre espoir on rappelle les victoires françaises contre l’Italie, systématiques depuis 1978 – hormis la finale de 2006. Les yeux les plus avertis distinguent les « combats jumeaux[81] » que mènent les deux équipes. L’envoyée spéciale du journal à Rome se fait elle aussi l’écho de cette parenté : « On trouve à l’équipe de Domenech de nombreux points communs avec la Nazionale : des joueurs sur le déclin [...], des absents de marque [...], des blessés qui manquent. Et si Donadoni est critiqué sur ses choix, Domenech à force de provocation fait l’unanimité contre lui…[82] ». Finalement ce match apparaît pour ce qu’il est : « le match des monuments en périls[83] ». Aucune des deux équipes n’a retrouvé son niveau de la coupe du monde. À l’issue d’un match terne l’Italie l’emporte. Pour gagner, elle a mis « tout son cœur », contrairement aux Français dépourvus « d’un esprit de cœur et de corps », qui va même au-delà des joueurs [...] et englobe tout le staff[84] ». Plus que les priver de la victoire, l’Italie donne aux Français une leçon de courage, de cohésion et d’humilité et renvoie l’image d’une équipe solidaire et transcendée par le maillot national.

L’Italie chute en quarts de finale contre l’Espagne, le futur vainqueur. Elle tombe devant le troisième pays latin, qui lors de ce tournoi apparaît le plus moderne, grâce à « des mentalités plus ouvertes, une économie plus dynamique, une politique plus audacieuse[85] ». Si le football apparaît comme la transposition ludique de l’activité des sociétés, il renvoie la France et l’Italie dos à dos dans leur suffisance vieillissante.

Des illustrations révélatrices

Le caractère des deux nations n’apparaît pas uniquement par le biais de la chronique spécifiquement sportive. D’autres types d’articles le mettent en lumière. Ce quotidien focalise son attention sur quelques joueurs emblématiques, qui deviennent autant d’étendards des qualités de leurs pays, ou introduit certains paragraphes récurrents dans les chroniques des matchs visant à décrire certains aspects du pays affronté. Ces descriptions par le prisme du sport ont une saveur particulière en termes de représentation de l’autre, notamment par leur répétitivité. Pour le lecteur de L’Équipe les « angles » choisis, souvent des joueurs supposés emblématiques – en fait que leur présentation récurrente rend emblématiques –, servent de révélateurs, de points d’observation et de compréhension de l’Italie[86].

Commençons par les acteurs. Onze joueurs (sur plus d’une cinquantaine utilisée durant ce laps de temps toutes compétitions confondues) focalisent l’attention du quotidien. Parmi ceux-ci, trois sont l’objet de la très grande majorité des articles (Cannavaro, Buffon, Gattuso). Cela traduit la politique éditoriale du quotidien qui passe par une fidélisation autour de quelques figures, présentées au lectorat de manière répétitive. Malgré les aléas des matchs, les termes de leur présentation ne varient guère. En cinq portraits assez fouillés, au-delà même de ses qualités de jeu[87], il apparaît que Buffon est celui qui fait l’unanimité. On vante son « insouciance et [son] grain de folie », vertus inaliénables pour un gardien de but, sa « force faite de légèreté » et sa bonne humeur[88]. Même son implication dans une affaire de paris clandestins ne vient pas ternir cette bonne image, pas plus en France qu’en Italie. Il est autant le « premier pilier de la solidité[89] » de l’équipe italienne que le «garant de son unité »[90]. Notons que jamais nous n’avons trouvé mention des origines du joueur alors que cela revient systématiquement pour ses coéquipiers. Indéniablement cela renforce son image d’emblème de la Nazionale.

Deux portraits assez longs sont consacrés au Calabrais Gennaro Gattuso. On peut y ajouter les récits de matchs où systématiquement la chronique s’arrête sur lui pour scruter son engagement et sa rage de vaincre, ce que les journalistes sportifs italiens dénomment la grinta[91]. Gattuso apparaît comme le moteur de l’équipe. Celui qui lui donne le rythme aux matchs. On met en avant sa forte personnalité, sa détermination, un tempérament de guerrier. Les journalistes répercutent sans distance qu’il pense que ce trait de son caractère est héréditaire et lié à ses origines géographiques[92]. Ils reproduisent sans filtre son regard sur l’Italie, dessinant un morcellement permanent et durable du pays :

l’unité nationale [y] est très différente de celle de la France. Nous nous disons compatriotes mais, au fond, nous ne le sommes pas. Les mentalités sont complètement différentes dans le Sud et dans le Nord. Je pense que l’écart s’est accentué ces quinze dernières années, même si la plupart des Italiens préfèrent faire comme si de rien n’était. Quand un jeune du sud obtient son diplôme, il s’installe au Nord parce qu’il y a davantage de travail. Si on continue ainsi l’écart ne se réduira jamais[93].

Gattuso apparaît pourvu d’humour et d’autodérision et capable d’une grande lucidité dans sa vision du jeu[94]. Si bien qu’il devient, à travers ces articles, un des symboles des jeunes Italiens du sud qui ont su trouver une voie vers la réussite. Relevons que, sociétaire du Milan AC, il épouse les idées des nordistes et semble même partager dorénavant leur vision des Italiens du Sud[95], ce que les journalistes ne s’empressent pas de souligner.

Le troisième joueur emblématique est le capitaine de la squadra azzurra, Fabio Cannavaro. Pas moins de huit portraits ou articles longs lui sont consacrés, ce qui en fait l’un des sujets les plus récurrents. Cannavaro, c’est d’abord l’Italie qui plaît aux Français : bel homme, souriant, « courtois et affable », gentil et disponible[96]. C’est aussi un Napolitain fier de ses origines qu’il rappelle et défend « jusque dans ses excès et ses clichés[97] », pour lequel le football est une possibilité de revanche sur la vie misérable[98]. Mais cette figure attractive cache la réalité d’une Italie du sud déshéritée d’où partent, vers le nord du pays ou à l’étranger, depuis des décennies et de manière presque ininterrompue, des milliers d’habitants pour fuir la pauvreté. Une Italie où, à l’instar des pays pauvres, les enfants courent librement dans les rues à l’heure de l’école et s’identifient peut-être plus qu’ailleurs aux idoles modernes du calcio[99]. Cannavaro est aussi un sportif fréquentant les milieux les plus troubles, ceux qui ont inoculés les affaires, calciopoli, ou les suspicions liées à la préparation surmédicalisée des sportifs modernes[100]. Se détache le positivisme de Cannavaro, conscient d’être « un homme chanceux » parce qu’il vit de sa passion et connaît le bonheur dans sa vie privée et un parcours professionnel brillant[101]. Cannavaro reçoit en décembre 2006 le Ballon d’or, la plus haute distinction pour un footballeur évoluant en Europe. Cette récompense crée quelques remous parce que très peu de défenseurs ont été primés (il n’est que le troisième en 51 éditions). Elle permet à Didier Braun de rappeler l’originalité du calcio, fait de défenseurs rugueux, capables comme aucun autre de verrouiller une partie, et d’attaquants fantasques et seigneuriaux. Si bien que Cannavaro apparaît comme la synthèse parfaite d’une Italie aussi joyeuse que joueuse, aussi équilibrée qu’expérimentée, intelligente et victorieuse[102], d’une modernité établie sur la pleine possession de son passé.

Certaines caractéristiques ressortent de ces portraits. La première est l’attention portée à l’origine régionale des joueurs. Ainsi la Nazionale semble être le reflet d’une Italie péninsulaire faisant part égale entre le sud et le nord. Ces portraits se focalisent sur une somme de détails visant à démentir les idées reçues. Ainsi Grosso et Toni, l’Abruzzais et le Toscan, sont arrivés tardivement au football de haut niveau, éclosant tous deux à Palerme peu avant 2006. L’un parce qu’il se percevait d’abord comme fils – laissant percer aux yeux avertis la réalité du mammismo – puis mari avant de se réaliser dans son métier de footballeur ; l’autre discret et méconnu jusqu’à la demi-finale de Coupe du Monde contre l’Allemagne[103]. Gianluca Zambrotta, originaire des Pouilles, apparaît dans ce registre comme un « homme tranquille ». S’il s’inscrit dans la grande tradition des arrières latéraux italiens, on le présente mesuré et jouant juste, sur le terrain et en dehors, loin de toute idée d’excitation souvent accolée aux latins du sud[104]. Aux antipodes des stéréotypes on trouve également Andrea Pirlo et Roberto Donadoni, tous deux Lombards, au point où ils peuvent apparaître comme les symboles d’Italiens anti-Italiens. Rejoignant des préoccupations très franco-françaises, L’Équipe fait de Pirlo, dont la virtuosité balle au pied « n’a d’égale que son humilité », « l’anti bling-bling[105] » de la Squadra Azzurra. Pour Donadoni le trait est plus épais, et peut-être, aussi, plus complexe. On lui reconnaît un « caractère posé, situé aux antipodes de la caricature de l’Italien extraverti au verbe haut », au point qu’on lui reproche en Italie de n’être pas «“un italiano vero”, un véritable italien[106] ». On regrette son caractère « timide » et « introverti[107] » tout en lui reconnaissant sa « droiture », « son sérieux », son « honnêteté » et son « intransigeance ». Il cultive l’image d’un catholique pratiquant, « assez austère qui ne boit ni alcool ni café[108] ». Pour surprenants qu’ils soient, ces traits renvoient l’image d’une complexité finement restituée, loin de tout a priori stéréotypé. L’impact de ces articles dépend largement de la capacité du lecteur à « mettre en jeu » ces figures de joueur pour les intégrer dans un système de compréhension d’une « métaphore du microcosme social » que tissent ces articles[109].

Par-delà même leur portrait, ces joueurs permettent une première approche de l’autre pays qui transparaît par bribes. On aperçoit par exemple, à l’occasion des articles sur Fabio Cannavaro, les rues de Naples bondées de détritus et d’ordures ménagères[110]. Le football devient le révélateur de crises cachées. Ce sont les casseurs qui déferlent sur Rome au soir de la victoire, grain de sable plus visible que les cohortes de tifosi heureux[111]. Ce sont les scandales que la victoire ne réussit pas à reléguer aux oubliettes de la mémoire collective[112], remémorant les sifflets qui émaillaient la préparation à Coverciano[113].

L’accueil de la squadra azzurra à Rome en juillet 2006 devait être l’occasion de célébrer le bonheur de tout un peuple. Mais d’autres caractéristiques moins positives percent ; elles renforcent les représentations déjà transmises. L’incapacité de contenir la joie, la paralysie de la ville et la démesure de l’accueil renvoient l’image d’un peuple enfantin de deux millions et demi de tifosi dans les rues de Rome[114]. Apparaissent pêle-mêle « des minettes habillées de trois bouts de tissus cri[ant] leur amour à leurs idoles » et des « ragazzi intenables [qui] tentaient de monter sur le toit des bus des champions du monde ». Et « d’innombrables scooters marqu[ant] à la culotte le convoi des footballeurs. Des bagnoles se croyaient à la fête foraine et jouaient aux auto-tamponneuses. L’atmosphère pleine de tension devenait irrespirable[115] ». Si bien que même le récit de la fête ne se départit jamais d’une vision désenchantée de l’Italie et des Italiens.

Quelques mois plus tard, à l’heure des retrouvailles, les journalistes français font le constat du désamour entre les Italiens et leur football[116]. Les procès de calciopoli[117], l’infiltration de certains groupes de supporters par des éléments d’extrême-droite – phénomène particulièrement visible à la Lazio de Rome[118] – ou d’extrême-gauche[119], les problèmes du dopage[120], la brouille entre les Italiens et leur calcio, les difficultés de la société italienne, tout cela donne de l’Italie une image réaliste à  partir du football mais au-delà du sport.

Nous constatons qu’au fil de ces nombreux articles, l’autre n’est pensé et représenté qu’à travers certaines de ses facettes. Regarder l’autre c’est, à travers ce corpus, regarder des morceaux de choix de l’autre. Cela permet de mettre en exergue certaines de ses caractéristiques supposées révélatrices. Ce faisant, les journalistes répètent à satiété quelques lieux communs fondés sur des exemples répétitifs. Il en est ainsi de la récurrence avec laquelle L’Équipe relève, quitte à le reprendre directement des quotidiens transalpins, que « la France n’a pas les talents, la fantaisie [plutôt l’imagination] créative, l’astuce pragmatique de l’Italie[121] ». À l’occasion de la finale de la Coupe du monde il est envisagé des duels comme autant de face-à-face qui conditionnent l’issue de la rencontre. Mais opposant un milieu offensif et un milieu défensif (Zidane/Gattuso) puis un défenseur et un attaquant (Thuram/Toni), le journal ne se donne pas réellement les moyens d’une comparaison équitable, il ne fait que reproduire les oppositions à venir lors de la partie.

Dès lors seule l’opposition des entraîneurs nous semble digne d’intérêt. Mais là encore l’écart est trop vaste entre celui qui a tout gagné (Lippi) et celui qui n’est que le produit du sérail fédéral à la française (Domenech). Pourtant les plus perspicaces des journalistes arrivent à distinguer ceux qu’ils ont d’abord présentés comme de « faux-jumeaux ». Là où le Français reste fidèle à un schéma – qui a pourtant évolué au cours de la compétition –, l’Italien fait preuve de pragmatisme, adaptant le sien au cours de chaque match ; lorsque la défense française s’appuie sur quatre joueurs inamovibles, celle de l’Italie reste imperméable malgré des changements incessants ; quand la France ne possède que quatre buteurs, les Italiens en comptent dix, révélant une équipe plus complète ; enfin le coaching de l’entraîneur français est « mécanique » alors que celui de l’entraîneur italien est dicté par le souhait d’un jeu évolutif[122]. Finalement, lorsque le regard se fait plus acéré les faux semblants s’estompent, les différences deviennent autant d’évidences[123]. L’Italie y gagne une apparence de champion en puissance à force de pragmatisme et d’adaptation, ce qui a des allures de modernité.

La patrie retrouvée

Un dernier trait apparaît à l’occasion du match du 9 juillet 2006. Tous les sujets étant épuisés, les journalistes semblent se souvenir que l’histoire des deux pays est aussi marquée par l’histoire commune de l’immigration italienne en France. Ils vont interroger Pierre Milza. Enfant de cette immigration, il en est aussi le spécialiste le plus médiatique. Il leur rappelle dans les grandes lignes cette histoire migratoire, relevant que si on a parlé des Portugais de France au cours de la demi-finale, les Italiens de France sont « quatre fois plus nombreux[124] ». Surtout il insiste sur le caractère désormais « transparent » de cette immigration[125]. Ce qui explique que nombreux sont ceux qui soutiennent la France, les autres trouvant dans l’attachement à la squadra azzurra une façon de maintenir en éveil leur origine. Dans certains cas, pourtant, le déracinement est encore vivace. Ainsi Akhenaton, le leader d’IAM, lui aussi interrogé, révèle qu’il est la cible des moqueries d’Italie, par sa famille restée à Naples qui le perçoit comme français, et de France où ses amis le voient comme Italien immigré. Et Milza de noter, en s’appuyant sur le grand nombre de joueurs français évoluant dans des clubs italiens, que les relations sont désormais « apaisées », « fraternelles » et que l’Italie est « la maison mère des bleus[126] ». Est-ce un fait réel ou un désir inavoué de la part d’un enfant de l’immigration italienne en France, comme un juste retour des choses ? Quoiqu’il en soit, cela met en avant une trajectoire migratoire inversée, destinée à adoucir le déchirement des Italo-français. Mais, le lendemain de la victoire, les journalistes de L’Équipe soulignent qu’à Villerupt, « la division avait gagné jusque dans l’intimité de ses familles[127] », laissant apparaître que dans les rares lieux où subsistentde fortes concentrations d’Italo-français on hésite moins à masquer son attachement à l’Italie. Comme le relève une des personnes interrogées, les plus fervents partisans de la squadra sont moins les Italiens d’origine, ceux qui ont émigré, que leurs enfants, nés et élevés en France. Aux yeux des journalistes, et de façon sans doute assez éloignée de la réalité, en tout cas à nuancer fortement, l’Italie représente une sorte de mythe des origines que le football permet d’alimenter au gré des victoires de l’équipe nationale. Dans cette optique, ce sport peut être « un foyer prépondérant de l’identification collective », se prêtant aussi à « l’identification de groupe à la fois de façon positive (nous) et négative (eux)[128] ».

Pour conclure on peut relever que ces matchs de football révèlent de manière détournée un visage social et politique de l’Italie. Apparaît l’Italie des affaires, des organisations mafieuses, quelque peu stéréotypée mais assez surprenante dans un quotidien qui « sert à ses lecteurs une actualité globalement heureuse[129] ». Cela atteste peut-être de la force de telles représentations et montre que le football est bien un des révélateurs possibles des tensions de la société italienne[130]. Néanmoins ce sport de masse reste « avant tout un spectacle[131] » et le rôle des rédactions et des journalistes demeure fondamental. Le journalisme sportif se présente, sauf lorsqu’il est le fait des historiens du sport ou de spécialistes reconnus, comme un journalisme sans mémoire. Le travail de rédaction quotidien produit des articles clos sur eux-mêmes. Les journalistes semblent incapables de concevoir que leur lecteur d’un jour puisse être le même que la veille ou du lendemain. Qu’il puisse donc éprouver un intérêt dans le fait de suivre équipes, joueurs et matchs comme s’il s’agissait d’un feuilleton. Que leur lecteur est doté d’une mémoire l’incitant à rechercher non seulement la chronique des rencontres mais également un éclairage sur les à-côtés et la continuité indispensable à l’effort sportif, au lieu de quoi on lui présente chacune de ces parties et de ces compétitions comme si elles apparaissaient ex nihilo et représentaient à chaque fois une fin en soi[132]. On se rend compte à quel point « le football a formaté un journalisme contemplatif, purement aligné sur “l’être-là” du spectacle mondain, et a permis cette affligeante neutralisation des capacités critiques qui prétend se donner pour de l’objectivité professionnelle[133] ».

Alors que la représentation du jeu italien semble, depuis longtemps, figée autour d’un style « alliant les vertus “italiennes” de simplicité, de sens de l’économie et de rudesse paysanne à un sens tactique aiguisé et à l’art de la contre attaque[134] », le champion apparaît comme une possibilité de renouveau. Le journaliste sportif s’en sert pour créer une impression de proximité, de familiarité et une possibilité d’identification. Cela explique la récurrence des quelques figures médiatiques que nous avons pu observer[135]. L’insistance sur ces figures les érige au rang de leaders. C’est par cette condition, très artificielle donc, qu’elles focalisent toute l’attention[136]. Savamment choisies, elles montrent une Italie plurielle et entretiennent l’idée d’une possible ascension sociale par le sport[137]. Mais l’Italie dépeinte en arrière fond montre qu’il peut s’agir là d’un mythe pour valider un modèle économique. La réussite de quelques-uns masque le désespoir du plus grand nombre. Ces figures de footballeurs italiens apparaissent comme celles de ses héros du temps présent[138], de la modernité mais aussi d’un temps médiatique que l’on s’empresse d’oublier. Au moment où elles s’installent, ces figures sont les « meilleur[es] exemple[s] aux yeux des masses de l’idéologie du self-made-man » : elles ont réussi donc sont pures ; on ne saurait remettre en cause leur réussite et les efforts qu’elle suppose, confortés par leur origine populaire ; on les présente comme étant parvenues par des moyens loyaux à s’affranchir de l’ordre social[139]. Le système sportif nous apparaît comme une immense machine mythologique qui non seulement produit des mythes spécifiques (le champion), mais qui entretient un univers mythologique (les rencontres « homériques[140] »), bien que les images y soient très répétitives et parfois assez éculées. Finalement, le match apparaît comme un système sémiotique fonctionnant à plein si on y prend parti pour l’un des deux camps[141]. Le double niveau d’information, figures et chroniques des matchs, produit un discours qui s’articule sur plusieurs plans, eux-mêmes en interaction. Les représentations de l’Italie et des Italiens gagnent en nuance. Les figures de champions favorisent la circulation des mots aigres-doux sur les Italiens. Elles se nourrissent de l’imprévisible, créent et récupèrent les maux doux-amers qui alimenteront les prochaines chroniques.

Nicolas Violle

 

[1] Voir par exemple Alberto Toscano, France-Italie. Coups de tête, coups de cœur, Paris, Tallandier, 2006.

[2] On se rappelle le titre du livre de Jean Lacouture, Le rugby c’est un monde, Paris, Seuil, 1979.

[3] Voir Nicolas Violle, « L’image de l’Italie et des Italiens dans la presse populaire parisienne, 1926-1969 », Thèse de Doctorat sous la direction de Jean-Charles Vegliante, Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle, 1997, notamment le chapitre « Les grandes joutes et l’affirmation d’un nouvel état d’esprit : les grands matchs internationaux et la Coupe du monde de football », vol II, p. 203.

[4] Stéphane Mourlane, « Le jeu des rivalités franco-italiennes des années 1920 aux années 1960 », in Yvan Gastaut & Stéphane Mourlane, Le football dans nos sociétés, une culture populaire. 1914-1998, Paris, Autrement, 2006, p. 157.

[5] Rappelons que le quart de finale de l’édition 1998, en France avait constitué un précédent important, les deux mêmes équipes nationales n’étant départagées qu’à l’issue de l’épreuve des tirs aux buts.

[6] Nous avons également exploité l’hebdomadaire spécialisé France-Football appartenant au même groupe de presse et répercutant le même type d’information mais de manière plus fouillée. Son public est constitué de spécialistes du football et sa périodicité lui donne le temps d’approfondir ses sujets. En revanche, en raison d’une trop forte torsion méthodologique, nous avons renoncé à inclure dans ce corpus les réactions des blogueurs.

[7] Nous avons choisi de nous limiter à une analyse textuelle, laissant volontairement de côté les nombreuses photos qui accompagnent ces articles et qui sémiologiquement mériteraient une analyse à part entière associant la photo et le commentaire qui l’accompagne.

[8] On note aussi que lequipe.fr propose, à l’occasion du match entre les deux équipes pour le Championnat d’Europe en juin 2008, une galerie de hotos commentées des rencontres France-Italie sous le titre « France-Italie : 97 ans de rivalité », http://www.lequipe.fr/Portfolio/Football/PORTFOLIO_EURO 2008_FRA_ITA.html consulté le 26 juin 2008.

[9] Didier Braun, « Le grand derby bleu », L’Équipe, 6 juillet 2006.

[10] Ibidem.

[11] Mais en Italie il était surnommé « il francese ». Voir Michel Platini & Patrick Mahé, Ma vie comme un match, Paris, Robert Laffont, 1987, p. 238.

[12] Stéphane Kohler, « Saga azzurra », L’Équipe, 9 juillet 2006.

[13] « Depuis 1930, l’Italie n’a raté que deux coupes du monde, mais en a gagné trois et a perdu deux finales », ibidem.

[14] Didier Braun, « Le grand derby bleu », L’Équipe, 6 juillet 2006.

[15] Didier Braun, « Merci l’Italie », L’Équipe, 6 septembre 2006.

[16] Ibidem.

[17] Pascal Boniface, « Le monde est foot. Italie-France, un match diplomatique », L’Équipe, 9 juillet 2006.

[18] Pascal Boniface, « L’Italie veut être grande », L’Équipe, 26 juin 2006. Relevons quand même que le journaliste ne semble pas tenir compte ici des effets de l’arrivée en politique de Silvio Berlusconi.

[19] Pascal Boniface, « Le monde est foot. Italie-France, un match diplomatique », L’Équipe, 9 juillet 2006.

[20] Pour de plus amples explications, voir Horst Bredekamp, Une histoire du calcio. La naissance du football, Paris, Éditions frontières, 1998. Notons quand même qu’il faut attendre 1909 pour que la fédération italienne de football change de nom, faisant justement apparaître le calcio en devenant la Federazione Italiana Gioco Calcio, FIGC.

[21] Sur ce sujet voir Nicolas Violle, « L’image de l’Italie et des Italiens dans la presse populaire parisienne, 1926-1939 », Thèse de Doctorat sous la direction de Jean-Charles Vegliante, Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle, 1997, vol. II, p. 203 et suivantes.

[22] Pascal Boniface, « L’Italie veut être grande », L’Équipe, 26 juin 2006.

[23] Ibidem.

[24] Sur ce sujet voir Nicolas Violle, « Aspects du sport pour la population italienne immigrée en région parisienne (1930-1960) », Mémoire de maîtrise de l’Université Paris 3 sous la direction de Jean-Charles Vegliante et Mario Fusco, 1991 ; Nicolas Violle, « Le rôle du sport pour l’intégration des Italiens en France », in Regards culturels sur les phénomènes migratoires, Babel n°11, textes réunis par Isabelle Felici, Université du Sud Toulon Var, laboratoire Babel, 2005, p. 143-166.

[25] Yoann Riou et Céline Ruissel, « Italie. Opération pieds propres », L’Équipe, 24 mai 2006.

[26] Roberto Notarianni, « Azzurri, les pieds dans la boue, la tête ailleurs », L’Équipe, 30 mai 2006.

[27] Gianni Visnadi, « Le procès n’aura pas d’influence », L’Équipe, 9 juillet 2006.

[28] Ibidem.

[29] Xavier Rivoire (avec Antonio Felici), « Le calcio frappé par le scandale du siècle », France-Football, 4 juillet 2006, p. 50-55.

[30] Roberto Notarianni, « Le calcio en pleines interrogations », France-Football, 19 mai 2006, p. 32-33.

[31] Dominique Courdier, « Pieds propres », France-Football, 4 juillet 2006, p. 50.

[32] Roberto Notariani, « L’araignée bianconera », France-Football, 4 juillet 2006, p. 51.

[33] Yoann Riou, « La Juventus en Serie B ? », L’Équipe, 16 mai 2006.

[34] Yoann Riou, « Buffon risque gros », L’Équipe, 14 mai 2006.

[35] « L’Italie garde Lippi », L’Équipe, 23 mai 2006.

[36] Yoann Riou, « Le Calcio au prétoire », L’Équipe, 29 mai 2006.

[37] « Quel est le sport préféré des Italiens ? Le football ? Le cyclisme ? Vous n’y êtes pas ! Du nord au sud de la Péninsule, la pratique la plus répandue est celle… du telefonino, le téléphone portable. Ne compte-t-on pas de l’autre côté des Alpes, plus d’un appareil par personne, 60 millions de cellulaires pour 58 millions d’Italiens ? Rien d’étonnant, alors, à ce que les divers scandales qui secouent le pays soient liés à des écoutes téléphoniques sur les indispensables cellulari » in Roberto Notariani (avec Antonio Felici), « Grosse friture sur la ligne », France-Football, 4 juillet 2006, p. 54-55.

[38] Céline Ruissel, « L’Italie tâtonne », « L’Italie dérape », « Tous ensemble », 1er et 13 juin, 7 juillet 2006.

[39] Céline Ruissel, « L’Italie se rassure », L’Équipe, 13 juin 2006.

[40] Pour les deux citations voir Céline Ruissel, « L’essentiel sans étincelles », L’Équipe, 23 juin 2006.

[41] Céline Ruissel, « L’Italie trace sa route », L’Équipe, 1er juillet 2006.

[42] Céline Ruissel, « Plus choc que show », L’Équipe, 26 juin 2006.

[43] Céline Ruissel, « L’Italie sort du piège », L’Équipe, 27 juin 2006.

[44] Encart à la une, L’Équipe, 27 juin 2006.

[45] « L’Italie sort du piège », L’Équipe, 27 juin 2006.

[46] « L’Italie trace sa route », L’Équipe, 1er juillet 2006.

[47] Par exemple, le jour de la demi-finale contre l’Allemagne on trouve dans l’hebdomadaire France-Football du 4 juillet 2006, p. 39 un tableau comparatif de jeu des deux équipes qui, peut être résumé de cette façon :

 

Allemagne

Italie

Organisation

Une équipe joueuse

Prudence et adaptation

Points forts

Travail et condition physique

Défense et solidarité

Points faibles

Flanc droit et défense

Baisse de régime et marquage individuel

Homme clé

Klose, le buteur teigneux

Totti, la technique en marche

 

[48] « L’Italie sort du piège », L’Équipe, 30 juin 2006.

[49] « Portés par un vent contraire », L’Équipe, 30 juin 2006. C’est également revendiqué par Claudio Gentile, champion du monde en 1982 lors d’une interview, voir Céline Ruissel, « La difficulté nous aide », L’Équipe, 4 juillet 2006.

[50] Didier Braun, « Un combat farouche », L’Équipe, 5 juillet 2006.

[51] Céline Ruissel, « Lippi leur a montré la voie », L’Équipe, 8 juillet 2006.

[52] Stéphane Kohler, « L’Italie a un petit complexe » et Gérard Houiller, « L’Italie a enrichi son jeu », L’Équipe, 8 et 9 juillet 2009. Notons que Gérard Houiller, Directeur Technique National à la Fédération Française de Football, donne à cette occasion une chronique pour L’Équipe.

[53] Ce qui signifie littéralement qu’il est au-dessus des autres.

[54] Il sera d’ailleurs reçu à la Garden Party de la présidence française le 14 juillet. « L’affaire Zidane-Materazzi », L’Équipe, 15 juillet 2006.

[55] Claude Droussent, « Regrets éternels », L’Équipe, 10 juillet 2006.

[56] « Le sport est l’une des rares rubriques vers laquelle on vient par passion, ou/et en raison d’une admiration sous-jacente pour les champions ». Ce « cordon ombilical qui relie à l’enfance les journalistes de sport » expliquerait « un certain penchant à l’absolution des sportifs », David Garcia, La face cachée de L’Equipe, Paris, Danger Public, 2008, p. 13.

[57] « Quelques mots étaient de trop, au cœur de notre éditorial [...]. Ils évoquaient vos enfants, votre rôle de père », Claude Droussent, Une de L’Équipe, 11 juillet 2006.

[58] Tout cela est parfaitement analysé par David Garcia, op. cit., p. 399-409.

[59] « Raymond Domenech [...] tout ce que je sais c’est que l’homme du match c’est lui, pas Pirlo. Il a marqué et fait expulser Zidane… », Dominique Rousseau, « Ils ont dit », L’Équipe, 10 juillet 2006.

[60] Cela apparaît à maintes reprises à partir du 11 juillet : Joël Domineghetti, « Protégé par les Bleus » et « Revue de presse », L’Équipe le 11 juillet 2006.

[61] Didier Braun, « L’adieu de Berlin » et Yoann Riou, « La presse italienne outrée », L’Équipe, 11 et 22 juillet 2006.

[62] Damien Degorre, « Pourquoi ? » et Régis Testelin, « L’enquête planétaire », L’Équipe, 11 et 12 juillet 2006.

[63] Dominique Rousseau, « En pleine Materazzizanie », L’Équipe, 11 juillet 2006.

[64] Patrick Dessault, «Materazzi-Zidane, leurs ombres planeront », France-Football, 5 septembre 2006, p. 22-23.

[65] Céline Ruissel (avec J. D.), « Materazzi continue le combat », L’Équipe, 4 janvier 2007.

[66] Ibidem. macellaio : boucher.

[67] Ibidem.

[68] Regis Testelin, « Ça facilitera sa reconversion », L’Équipe, 14 juillet 2006.

[69] Les résultats sont respectivement : 3-1 ; 0-0 ; 0-2.

[70] Vincent Duluc, « Cinquante-neuf jours après », L’Équipe, 6 septembre 2006.

[71] Ancienne gloire du Football Club Internazionale Milano, dans les années 1960-70, Giacinto Facchetti vient alors de mourir.

[72] Vincent Duluc et Bernard Lions, « Elles n’ont pas changé », L’Équipe, 6 septembre 2007.

[73] Régis Testelin, « La Marseillaise huée », L’Équipe, 9 septembre 2007.

[74] « Allô ! Paris, ici Glasgow », L’Équipe, 17 septembre 2007.

[75] « Qualifiés ! », L’Équipe, 18 septembre 2007.

[76] Éditorial, L’Équipe, 18 septembre 2007.                                                      

[77] « Un tirage de folie », L’Équipe, 3 décembre 2007. Le sous-titre désigne l’Italie comme la « meilleure ennemie » de la France, utilisant le titre d’une chanson populaire du chanteur français d’origine espagnole, Pascal Obispo.

[78] « Marco Materazzi ne jouera pas [ce match], et tout le monde s’en fiche », souligne fort justement Vincent Duluc, « Jusque-là, tout va mal », L’Équipe, 17 juin 2008.

[79] Ibidem.                                                                                                                                                 

[80] Le meilleur exemple en est son parcours lors de la Coupe du monde de 1982.

[81] Vincent Duluc, « Jusque-là, tout va mal », L’Équipe, 17 juin 2008.

[82] Mélissande Gomez, « L’Italie en apnée », L’Équipe, 17 juin 2008.

[83] Patrick Urbini, « Le match des monuments en périls », France-Football, 17 juin 2008.

[84] Bernard Lions, « L’Italie à tout cœur », L’Équipe, 19 juin 2008.

[85] Céline Ruissel, « Le duel des complexés », L’Equipe, 22 juin 2008.

[86] On pourrait élargir aux autres pays ce qui procède en réalité d’une véritable politique éditoriale. Voir David Garcia, op. cit., p. 181 : « vers la fin des années quatre-vingt, est apparu un “nouveau journalisme” qui s’est caractérisé [...] par la disparition progressive des papiers de fond et des analyses techniques ». Un journaliste fait l’aveu suivant, rapporté par David Garcia : « nous n’avons plus le droit de raconter le match ; il faut trouver des angles, des anecdotes. Créer la polémique, voilà le fin du fin.[...] Le match passe au second plan. Il n’est plus qu’un prétexte ».

[87] « Buffon a été roi », L’Équipe, 27 juin 2006.

[88] Céline Ruissel, « Buffon en liberté surveillée », L’Équipe, 17 juin 2006.

[89] Céline Ruissel, « Buffon touche le sommet », L’Équipe, 9 juillet 2006.

[90] Bernard Lions, « Tous fous du roi Buffon », L’Équipe, 7 septembre 2006.

[91] Vocable d’abord utilisé par les chroniqueurs de football argentins et arrivé en Italie avec le transfert de Maradona au Napoli en 1984.

[92] Céline Ruissel, « Nous irons loin », L’Équipe, 22 juin 2006.

[93] Ibidem.

[94] Dominique Rousseau, « Pas d’individuelle sur Zidane », L’Équipe, 8 juillet 2006.

[95] Voir l’interview qu’il a donnée au magazine So Foot, n°56 juin-juillet 2008.

[96] Roberto Notarianni, « Cannavaro tient la barre », France Football, 16 juin 2006, p. 36.

[97] Céline Ruissel (avec Frédéric Hermel), « Imperturbable », L’Équipe, 28 novembre 2006.

[98] C’est une image au long cours. Voir Stéphane La Rosa et Nicolas Violle, « Notes sur l’image des Italiens et de l’Italie dans le journal Le Monde de 1944 à 1968 », in Jean-Charles Vegliante (dir.) Gli Italiani all’estero. Autres passages…, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, 1990, p. 87.

[99] Id.

[100] Id et Dominique Rousseau, L’Équipe, 7 juillet 2006. Le journaliste rappelle une vidéo montrant Cannavaro, alors joueur de Parme, une perfusion de Neoton dans le bras la veille de la finale de la coupe UEFA 1999 – un produit communément connu sous le nom de créatine alors non classé comme dopant. Le même article rappelle qu’en octobre 1998, dans cette même équipe de Parme, vingt et un des vingt-quatre joueurs avaient révélé des taux d’hématocrite anormalement hauts.

[101] Céline Ruissel et Frédéric Hermel, rubrique « Prolongations », L’Équipe, 4 septembre 2006.

[102] Didier Braun, « Défenseur et italien », L’Équipe, 28 novembre 2006.

[103] Pour Toni et Grosso, on pourra voir Céline Ruissel « Toni, “la bête” curieuse », et « Grosso a grandi », L’Équipe, 4 et 7 juillet 2006. On notera le calembour, assez pauvre mais révélateur d’une compréhension large de la langue italienne la plus simple et de la volonté d’en jouer.

[104] Céline Ruissel, « Les indestructibles », L’Équipe, 4 juillet 2006. On remarque l’utilisation du titre du film homonyme de la Compagnie Walt Disney sorti cette semaine-là.

[105] Bernard Lions, « Imiter la France », L’Équipe, 9 juin 2008 et Christophe Larcher et Yoann Riou, « Portrait. Andrea Pirlo », L’Équipe Magazine, 4 juin 2008, p. 63-64.

[106] Le journaliste connaît la large diffusion de la chanson de Toto Cutugno en France, elle-même assemblage de tous les clichés supposés de l’italianité. Bernard Lions, « L’Italie joue sa peau », L’Équipe, 13 juin 2008.

[107] Roberto Notarianni, « Donadoni, le pari de la jeunesse », France-Football, 5 septembre 2006, p. 18-19.

[108] Céline Ruissel, « Un homme de l’intérieur », L’Équipe, 5 septembre 2006. Notons que Donadoni avait été l’un des joueurs d’exception du Milan AC à la fin des années 1980, mais au service d’une triplette magique de Hollandais brillants – Rjikard, Gullit, Van Basten –, jamais il n’avait cherché à hisser sa notoriété à la hauteur de ces joueurs dont les deux derniers cités devaient plusieurs fois recevoir la distinction de meilleur joueur de l’année par un jury mondial de journalistes et de joueurs (le Ballon d’or).

[109] Christian Pociello, Sports et sciences sociales. Histoire, sociologie et prospective, Paris, Vigot, 1999, p. 85.

[110] Bernard Lions (avec Céline Ruissel), « Le clan des Napolitains », L’Équipe, 7 juin 2006.

[111] Yoann Riou, « La folie saisit aussi l’Italie », L’Équipe, 7 juillet 2006.

[112] Gianni Visnadi, « Entre colère et allégresse », L’Équipe, 8 juillet 2006. Il est intéressant de relever que l’on fait ici appel à un journaliste italien spécialiste des questions du calcio pour développer cet aspect, les journalistes français ne pouvant dès lors être taxés d’italophobie.

[113] Céline Ruissel, « L’Italie des sifflets à la gloire », L’Équipe, 10 juillet 2006.

[114] Yoann Riou, « Rome entre fête et chaos », L’Équipe, 11 juillet 2006.

[115] Ibidem.

[116] Céline Ruissel, « L’Italie pas à la fête », L’Équipe, 1er septembre 2006.

[117] Christophe Larcher, « En attendant la Juve », L’Équipe Magazine, 28 octobre 2006, p. 63-70. Le dossier de ce magazine est consacré aux problèmes du calcio. On pourra lire avec intérêt le long article sur le purgatoire de la Juventus en Serie B, conséquence des sanctions prises à la suite des scandales du calcio. À noter que pour accompagner cette épreuve le club turinois s’était choisi un administrateur et un entraîneur tous deux français, respectivement Dominique Blanc et Didier Deschamps, lui-même ancien joueur de la Juve.

[118] Romain Potocki, « Avec les fachos de la Lazio », L’Équipe Magazine, 28 octobre 2006, p. 40-53. Voir également Mélissande Gomez, « Violences en Italie », L’Équipe, 19 novembre 2007.

[119] Depuis les années soixante-dix les enceintes de football sont devenues la caisse de résonance des maux des sociétés occidentales, en Italie certains groupes politisés les ont investies à cette époque pour étendre leur champ d’action.

[120] Yoann Riou, « Les orphelins du dopage », L’Équipe Magazine, 28 octobre 2006, p. 72-78. Cette question est régulièrement abordée depuis lors par la presse française généraliste, voir par exemple Dino Dimeo (avec Éric Jozsef), « Mal mystérieux dans le calcio », Libération, 29 octobre 2008.

[121] Yoann Riou, « La folie saisit aussi l’Italie », L’Équipe, 7 juillet 2006.

[122] Bernard Lions, « Les faux jumeaux », L’Équipe, 9 juillet 2006.

[123] On verra sur cet aspect particulier Orane Moutardier, Un Italien à Paris, mémoire de Master en études italiennes, sous la direction de Nicolas Violle, Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand, 2014.

[124] Olivier Joyard, « Franco-Italiens, cœur partagé », L’Équipe, 9 juillet 2006.

[125] Evidemment la « transparence » est plus facilement compréhensible que l’idée d’un presque-même pourtant plus vraisemblable. Voir Jean-Charles Vegliante, « Notes de Caen sur le presque-même. Problème de réception », in Gli Italiani all’estero. Ailleurs d’ailleurs..., Études et documents réunis par Jean-Charles Vegliante, CIRCE, Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1996, p. 9-27.

[126] Ibidem.

[127] Yoann Riou, Raphaël Raymond, Jean-Pierre Rivais, Michel Garoscio, David Floux & Johan Rigaud, « Aux larmes citoyens », L’Équipe, 10 juillet 2006.

[128] Norbert Elias & Eric Dunning, Sport et civilisation, Fayard, 1995, p. 306.

[129] Garcia, op. cit., p. 180.

[130] « Elle jouera avant tout pour elle et pour laver l’honneur de son Calcio à nouveau tâché de sang. Il faut la comprendre. L’Italie s’est réveillée en larmes, dimanche. Au moment où les Italiens partaient bruncher, la dolce vita s’est effacée derrière la violente réalité du quotidien transalpin. Le sacre mondial de la squadra, en 2006, devait apparaître comme la rédemption d’un football souillé par le Calciopoli (les matchs arrangés par la Juve). Il n’a fait, en vérité, qu’accoler une quatrième étoile sur le maillot d’un pays qui porte toujours sa croix. Sa violence sociétale se déverse à flots continus dans ses stades. Longtemps en avance en matière de calcio, l’Italie reste en retard au niveau de sa sécurité. Le football a tué pour la deuxième fois de l’année, au pays des champions du monde. [...] Si les Italiens ne se rendent pas à Glasgow comme on va à Canossa, il y a tout de même un peu de tout cela. » Bernard Lions, « Allô ! Paris, ici Glasgow », L’Équipe, 17 novembre 2007.

[131] Lewis Mumford, Technique et civilisation, Paris, Seuil, 1950, p. 261.

[132] De son côté Sandro Donati qui collabore à l’agence mondiale antidopage et qui dénonce le rôle des médecins, sponsors et des médias, publié à l’occasion de l’affaire Ricco lors du Tour de France 2008, explique que ce journalisme « est une tromperie continue. Le journalisme sportif est crépusculaire, incapable de raconter des histoires. Il se limite à célébrer les victoires. Comme s’il était incapable de regarder la vie. On porte l’attention sur le champion du moment […]. Le lendemain tout est oublié », « Un lien direct avec les labos pharmaceutiques », interview à Sandro Donati par Dino Dimeo, Libération, 16 juillet 2008.

[133] Jean-Marie Brohm, Marc Perelman, Le football, une peste émotionnelle, Paris, Gallimard, 2006, p. 199.

[134] Patrick Mignon, La passion du football, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 45

[135] Jean-Marie Brohm, Sociologie politique du sport, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1992, p. 348-350, « Le champion et la personnification du fait divers ».

[136] Michel Chambon, « Les habiletés de leadership », in Edgar Thill, Philippe Fleurance, Guide pratique de la préparation psychologique du sportif, Paris, Vigot, 1998.

[137] Sur le mythe de l’ascension sociale voir Jean-Marie Brohm & Marc Perelman, op. cit., p. 269-274.

[138] La figure est classique en matière de sport. Voir Georges Magnane, Sociologie du sport, Paris, Gallimard, 1964, p. 92.

[139] Jean-Marie Brohm, op. cit., p. 344.

[140] Ibidem, p. 351-352.                                          

[141] Paul Veyne, « Olympie dans l’Antiquité », in Le nouvel âge du sport, Esprit, n°4, 1987, p. 59.